jeudi 1 avril 2021

La demeure du Pôle et le sceau du Soleil - Turba Philosophorum

   
    Turba Philosophorum

Médaille offerte au Roi-Soleil par le duc d'Aumont. 



Article paru dans Le Miroir d'Isis N° 20 (novembre 2013)

A.A.


Notre  étude  sur  la  figure  et la  fonction  d'Hermès-Idrîs  telles  qu'elles  apparaissent  dans  la  tradition islamique a montré que celui-ci assume une fonction polaire - il est le « pôle des esprits humains » - mais aussi solaire, puisque sa demeure est dans le ciel du Soleil. Or il se trouve que cet aspect tantôt polaire, tantôt solaire n'est pas sans relation avec certaines correspondances numériques, et c'est ce que nous souhaiterions nous attacher à développer quelque peu dans ce qui suit.








lundi 14 août 2017

Etudes Traditionnelles 447 à 450 (1975)




447/COOMARASWAMY A.K./LECONTE Gérard/Lîlâ/1975/1-3


      447/GILIS Charles-André//Bibliographie complète des publications de Michel Vêlsan/1975/1-3


      447/GRISON Jean-Louis//la Queste del Saint Graal (2)/1975/I-3


      447/ROMAN Denys//les travaux de la loge (Villard de Honnecourt) sur René Guénon/1975/1-3


      448/GEORGEL Gaston//la doctrine des cycles dans l'oeuvre de René Guénon/1975/4-6


      448/LIONNET Jacques//Remarques sur les influences errantes/1975/4-6


      448/SCHAYA Léo//Verbe et Voix de Dieu selon la Bible (1)/1975/4-6


      448/SCHUON Frithjof//le fruit défendu/1975/4-6


      449/GILIS Charles-André//Remarques complémentaires sur Om et le symbolisme polaire/1975/7-9


      449/IBN ARABI Mohyiddîn /VALSAN Michel/La Prière pour le Pôle/1975/7-9


      449/QACHANI Abdu-r-Razzâq al- /VALSAN Michel/Le Commentaire ésotérique de la sourate 36 Yâ Sîn)/1975/7-9


      449/SCHAYA Léo//Verbe et Voix de Dieu selon la Bible (2)/1975/7-9


      450/COOMARASWAMY A.K./LECONTE Gérard/Châyâ/1975/10-12


      450/GRISON Jean-Louis//A propos des oeuvres de Chrétien de Troyes (1)/1975/10-12


      450/ROMAN Denys//La Nostalgie de la Stabilité (2)/1975/10-12


      450/SCHAYA Léo//Verbe et Voix de Dieu selon la Bible (3)/1975/10-12


samedi 12 août 2017

Jeff Kerssemakers - Compte-rendu - La Gnose . Réédition intégrale . Editions de l’Homme Libre







La Gnose . Réédition intégrale . Editions de l’Homme Libre, Paris 2009
 
En décembre 2009, exactement un siècle après le lancement de la Revue « La Gnose » par René Guénon, un éditeur courageux a pris sur lui de rééditer en un seul volume tous les numéros parus, en incluant le Supplément des Philosophumena, attribué à Origène et traduit par Synésius (Fabre des Essarts) et Palingénius (René Guénon) avec de nombreuses notes de la main de Guénon .
 
Dans les trois premiers numéros la Revue garde son sous-titre : « Organe officiel de l’Eglise Gnostique Universelle ». Le numéro quatre de l’année 1910 fait valoir que « La Gnose » est une « Revue mensuelle consacrée à l’étude des Sciences ésotériques ».  A partir du numéro quatre de l’année 1911, en première page, le mot La Gnose est reproduit en chinois, en sanscrit, en arabe et en hébreu . En septembre 1911 René Guénon ajoute pour la première fois « et métaphysiques » au sous-titre . Ainsi la Revue échappe progressivement à l’Eglise Gnostique .
 
On sait que, en 1906, René Guénon, étudiant en mathématiques, avait été initié à l’hindouisme orthodoxe du Vedanta, de l’école de Shankaracharya . René Guénon avait alors 20 ans . Ensuite, il commence un long voyage à travers les organisations initiatiques qui pullulent en Occident, pour en vérifier l’authenticité . Ce n’était pas du tout « une recherche de connaissance » comme beaucoup ont pu l’écrire . Dans une lettre (1921) à Mme Denis-Boulet il déclare que « ni les milieux gnostiques, ni les milieux occultistes n’avaient eu d’influence sur ma pensée ». Dans une autre lettre à la même personne il avoue qu’ « il n’était entré dans ce milieu de la Gnose que pour le détruire ». Cependant, il apporta à sa recherche le sérieux et le soin méticuleux qu’il mettait à toutes choses . Il se fit admettre dans toutes les organisations qui se groupaient autour du Dr. Encausse, mieux connu sous le pseudonyme de Papus . En 1906 René Guénon s’inscrit comme élève à son Ecole Hermétique et devient « Supérieur Inconnu » de l’Ordre Martiniste . Parallèlement aux occupations papusiennes, il se fit initier par des francs-maçons d’obédience espagnole (Loge Humanidad) et par ceux de Rite Primitif et Originel Swedenborgien de Theodor Reuss . De Papus il reçut encore une patente de haut grade pour le Rite de Memphis-Misraïm .
 
Vers 1909 les martinistes et les maçons l’exclurent . René Guénon n’en avait pas moins vu ce qu’il voulait voir : la caricature occidentale des antiques initiations . Il avait engrangé une masse impressionnante de documentation : tous ceux qui ont connu personnellement René Guénon ont été frappé par sa mémoire phénoménale .
 
C’est à cette époque qu’il rencontra Fabre des Essarts (Synésius), le Patriarche de l’Eglise Gnostique Universelle qui lui proposa de participer à la fondation d’une Revue : « La Gnose ». Reçu évêque dans l’Eglise Gnostique sous le nom de Palingénius (son prénom René en grec), il est nommé directeur de la Revue . Les Templiers Marnès (Alexandre Thomas) et Mercuranus (Patrice Genty) l’assistent . Tous les trois collaboreront bien plus tard au Voile d’Isis, Patrice Genty alors sous le nom de Basilide .
 
Synésius (Fabre des Essarts)

René Guénon devait se dégager très vite de l’influence de Synésius et il donnera à La Gnose, autant qu’il est possible, une orientation véritablement traditionnelle, comme il le fera plus tard avec le Voile d’Isis, devenue Etudes Traditionnelles en 1934 .
 
Le premier article de Palingénius-Guénon s’intitule « Le Démiurge » et développe magistralement une cosmologie et une cosmogonie, qui explique le « problème du mal » et la « fatale illusion du dualisme ».
 
« La Gnose » continua son humble carrière : elle ne dépassa jamais les 150 abonnés .  Elle publia bientôt deux articles de Palingénius qui contiennent en germement deux des plus importants ouvrages de René Guénon : « L’Homme et son devenir selon le Vedanta » (1925) et « Le Symbolisme de la Croix » (1931) . A la lecture de ces articles on constate avec une évidence indéniable, combien la pensée de René Guénon est déjà fixée . Elle est enracinée définitivement dans la Vérité métaphysique intemporelle d’où elle descendra pour se manifester dans des exposés tour à tour doctrinaux, historiques, critiques, initiatiques, toujours relié à ce Centre immobile .
 
A la suite de quelle quête a-t-il trouvé cette Vérité métaphysique ? Nous n’en savons rien . Guénon s’est tu sur la genèse de sa pensée . Quand il commence à publier ses premiers textes, il n’a plus à chercher la Vérité, il La possède et La transmet . Jusqu’à sa mort il fonctionne comme une « Boussole infaillible et une Cuirasse impénétrable ». Car ses différents ouvrages ne trahissent aucun progrès, aucune évolution . Guénon livre toujours la même pensée, indéfiniment répétée . Mais cette pensée est inépuisable, car elle est l’expression de la Totalité .
 
Le secret du prestige de René Guénon n’est pas ailleurs . Quand une œuvre, dans une époque de désordre  comme la nôtre, se saisit avec force des plus angoissants des problèmes : quand elle ne se contente pas de spéculations artificielles, mais que sans tâtonnements ni hésitations, elle pose avec une totale lucidité les principes de la connaissance, elle est nécessairement incantatoire . Le charme, au sens symbolique du mot, n’est pas seulement le propre de certaines œuvres d’art ou de certaines personnes, il se dégage aussi irrésistiblement du caractère illuminateur de certaines œuvres de doctrine pure .
 
La réédition de « La Gnose » est importante également par les contributions de Léon Champrenaud (Abdul-Haqq), de Ivan Aguéli (Abdul-Hadi) de Albert de Pouvourville (Matgioi) . De haute importance aussi est l’étude sur l’Archéomètre de Saint-Yves d’Alveydre en 12 livraisons . C’est un travail collectif de Barlet et de Marnès . Palingénius en fournit surtout les notes . Le texte est moins confus et plus intelligible que l’œuvre originelle .
 
Oswald Wirth contribua également à la Revue, ainsi que Patrice Genty et Fabre d’Olivet .
 
Toutefois, « La Gnose » reste un ensemble fort intéressant . Elle traduit une volonté d’ « assainissement » de certains milieux à tous égards défavorables à une restauration d’une perspective authentiquement traditionnelle .
 
Jeff Kerssemakers
 

mercredi 9 août 2017

Jeff Kerssemakers - Compte-rendu - Erik Sablé, Vie et Paroles de Saï Baba de Shirdi, un saint indien .





Erik Sablé, Vie et Paroles de Saï Baba de Shirdi, un saint indien . Dervy, Coll. Chemins de Sagesse, 2006. 108 pp.
 
On connaît en Occident certains des grands saints indiens, comme Shri Ramana Maharshi, Shri Ramakrishna, ou, plus récemment, Ma Ananda Moyi, Shri Sarada Devi, ect . Mais on ignore tout du saint le plus connu dans l’Inde actuelle, c’est-à-dire Saï Baba de Shirdi, dont Erik Sablé nous offre la biographie .
 
Saï Baba est une figure haut en couleurs, emblématique pour l’entente entre Hindous et Musulmans en Inde, car il était un Guru hindou autant qu’un Shaykh soufi . On ne connaît par contre ni ses origines, ni son vrai nom . Le nom de Saï Baba, un mélange de persan et de hindi, lui fut attribué lorsqu’il arriva de nulle part à Shirdi, au Nord de Poona, et s’installa dans une mosquée délabrée . Saï veut dire « parfait, saint » en persan et Baba signifie « père » en hindi . Les détails que racontent cet « Illustre Inconnu » sur lui-même et sur son passé sont très variés et plutôt symboliques .
 
Il serait né en 1838 . Ses parents moururent quand il était encore un bébé et il fut confié à un couple de Soufis . Son nouveau tuteur mourut lorsqu’il avait à peine quatre ans et la veuve le confia à un Shaykh soufi du nom de Venku Shah. A Shirdi on remarqua qu’il faisait des exercices difficiles de Hatha Yoga, ce qui laissait supposer qu’il avait certainement eu un Maître en la matière .
 
Derrière sa mosquée Saï Baba cultivait un petit jardin d’herbes médicinales . Il savait soigner et guérir pratiquement tout et sa réputation se répandit vite . Il utilisait parfois des remèdes à l’apparence absurde ainsi il soignait des yeux enflammés , presqu’aveugles en y appliquant du piment réduit en bouilli ! Saï Baba permit à des couples stériles d’enfanter . Il répondit une fois à une telle requête :  « Pourquoi me réclamez-vous un seul enfant ? Je vais vous en donner deux ! » Et, effectivement, la femme mit au monde des jumeaux avant la fin de l’année . Plus tard, après 1890, il fera surtout usage comme médicament pour toute affection des cendres (udî) de son foyer . Il recommandait de les avaler mêlées à de l’eau . Les cendres sont traditionnellement considérées comme la quintessence des objets brûlés, leur part incorruptible . Elle a donc symboliquement,
le pouvoir de régénérer le corps ainsi que l’âme . Après avoir réussi une guérison, donné un secours, on l’entendait prononcer  « Allah Malik Hay » (Dieu est le Maître de la Vie) ou encore « Allah karega » (Dieu le fera) .
 



Un jour, un capitaine de bateau, naufragé pendant la guerre russo-japonaise, vint à Shirdi pour le remercier d’avoir répondu à son appel au secours et de l’avoir sorti de l’eau et déposé sur un bateau voisin . Les fidèles de Saï Baba se souvenaient alors que, il y avait quelques mois Saï Baba, assis tranquillement à son foyer, était subitement trempé d’eau, d’eau de mer . Une autre fois, une femme d’un village à une centaine de kilomètres de distance, vint le remercier, car elle avait vu Saï Baba lui-même sauver de justesse son bébé qui allait culbuter dans le feu d’un forgeron . La renommée de Saï Baba grandit ainsi et les miracles qu’on lui attribue ne se comptent plus .
 
Une autre fois, il interdisait l’entrée à sa résidence à quelqu’un qui avait insulté le Christ pendant une discussion dans le village .
 
En 1916, le choléra se déclara près de Shirdi et une épidémie menaçait . Saï Baba la stoppa net en répandant de la farine moulue par lui-même autour du village, comme nourriture pour la terrible Devi Mari Ayi qui peut apporter le choléra, la peste ou la variole . On dit d’elle qu’elle « mange » les victimes des épidémies . Des témoins ont raconté que Mari Ayi était entrée chez Saï Baba comme une femme très laide aux cheveux défaits pour « manger » un garçon assis là . Saï Baba la chassa avec un coup de pied dans le ventre . « C’était  la déesse Choléra » expliqua-t-il simplement .
 
Régulièrement, Saï Baba réclamait la dakshina (aumône) à ses visiteurs et tous les jours il recevait ainsi des dons en nature ou des sommes importantes . Il distribua tout aux pauvres et le soir il ne possédait plus une roupie .

Tombe de Saï Baba de Shirdi

Saï Baba dormait très peu et passait une grande partie de la nuit en invoquant des Noms Divins . Il insistait toujours auprès de ses disciples, Hindous ou Pusulmans, sur l’importance de cette pratique que les Hindous appellent japa et les Musulmans dhikr .
 
Il demanda fréquemment de lui réciter le Coran . Il ouvrait lui-même le livre sacré et indiqua où il fallut commencer . Il connaissait les écrits soufis . Il pouvait les citer, chanter leurs poèmes . Et il était capable de commenter les Saintes Ecritures hindoues d’une manière extrêmement profonde, ce qui montrait sa parfaite connaissance du sanscrit .
 
Saï Baba aimait la musique et la danse . Il chantait des prières, des qawwâlis en persan ou en arabe, et parfois des chants de Kabir, avec lequel il avait des affinités manifestes . Il s’attachait parfois des clochettes aux chevilles et dansait, rapidement absorbé dans un hâl, un état extatique .
 




Baba s’arrangea  pour qu’un feu brûle continuellement à l’intérieur de la mosquée . Cette pratique était commune aux Nath-Yogis (de tradition tantrique shivaïte) et à certaines confréries soufies qui, elles aussi, entretenaient un feu perpétuel, comme la Chisthiyya d’Ajmer par exemple . Et ce foyer lui procura les cendres à donner comme remède aux visiteurs .
 
Ainsi,  avec sa générosité, son pouvoir de guérison, ses conseils et ses secours accordés, on peut considérer Saï Baba comme une manifestation de la Rahmah divine, de la Miséricorde divine, qui, continua même après sa mort . Dans les décennies suivant son samâdhi des centaines de témoignages affluèrent à la Fondation Saï Baba racontant des guérisons ou des aides reçues de la part du saint homme .
 
En 1917, le célèbre traditionnaliste Lokamanya Tilak est venu visiter Saï baba qui était enchanté de le rencontrer . Pour tout darshan (enseignement) il lui disait :  « Les gens sont mauvais . Reste comme tu es ! »
 
On sait que Saï Baba donnait parfois à ses disciples le grand commentaire de la Bhagavad Gita que Tilak avait écrit en prison, y citant de mémoire toutes ses sources .
 
Saï Baba fut manifestement un jivatma, un libéré vivant comme Shri Ramana, au-delà des formes, mais les musulmans veulent le considérer comme Musulman et les Hindous faisaient de grands efforts pour se l’approprier sans partage .



 
Maintenant, plus près de nous, suite aux troubles actuels entre Hindous et Musulmans en Inde, un mouvement s’est déclaré depuis l’été de 2014 pour « détrôner » Saï Baba . Certains Hindous n’en veulent plus . De virulents articles de presse dénoncent Saï Baba comme un simple fakir musulman, sans même voir en lui un saint homme . Ces extrémistes refusent qu’il soit vénéré par les Hindous comme une manifestation de la divinité . C’est un des quatre Shankaracharyas actuels (garants de l’orthodoxie védantique), celui de Dwarka à l’ouest qui a lancé la polémique, attribuant la sécheresse qui touchait alors le Maharashthra au culte du « fakir ».
 
Mais Saï Baba est omniprésent en Inde . Son image s’affiche en tout lieu dans les taxis, les trains, les boutiques, les gares . Son esprit reste bien vivant : Allah Malik Hay !
 
Jeff Kerssemakers




lundi 7 août 2017

Amadou Hampâté Bâ - Les trois vérités et les croissants de lune





Amadou Hampâté Bâ
 Oui, mon commandant ! Mémoires (II)
Paris. Actes Sud. 1994.




En dehors de mon bref voyage à Bamako, j'avais dû interrompre mon enseignement pendant deux semaines, ayant accepté de travailler bénévolement auprès du commandant de cercle de Bandiagara pour remplacer son secrétaire parti en congé ; mais je rejoignais Tierno à la mosquée pour la prière du matin et le retrouvais le soir après ma journée de travail.


 Je dus l'interrompre également en raison d'un deuil familial : pas plus que son aîné, notre deuxième petit “Tierno Bokar” ne voulut demeurer avec nous en ce bas monde. Lui aussi ferma les yeux à Bandiagara entre les mains de son homonyme.


— Voyez donc ! s'exclamèrent nos antagonistes de Bandiagara. Il donne le nom de Tierno Bokar à l'un de ses fils, il meurt ! Il le donne à un deuxième, il meurt ! Jusqu'où ira-t-il comme cela ?
Averti de ces propos, je fis connaître ma réponse :


— Même si je dois remplir un cimetière de petits “Tierno”, tant que Dieu m'enverra des enfants je leur donnerai ce nom jusqu'à ce que l'un d'entre eux vive. A partir de maintenant, tout enfant qui naîtra chez moi, garçon ou fille, je l'appellerai «Tierno Bokar » !

Le premier enfant qui vint a nouveau au monde dans ma famille fut celui de Banel, né en 1934. C'était un fils. Je lui donnai le nom de mon maître et, Dieu merci, il resta parmi nous. Aujourd'hui encore, il vit auprès de moi à Abidjan.

Mon congé allait vers sa fin. Puisque Tierno m'avait déconseillé de démissionner, force m'était de me préoccuper de ma future affectation. Souhaitant rester auprès de lui, je décidai d'écrire au commandant Marius Bellieu, comte de la Romevillière, que j'avais choisi de servir au cercle de Bandiagara ; mais avant même que j'aie commencé à rédiger ma lettre, une intrigue émanant de certains collègues vint m'obliger, malgré moi, à demander mon affectation pour Bamako.

 Deux collègues africains qui étaient en fonctions à Bamako, dont un natif de Bandiagara — je préfère ne pas citer de noms — m'envoyèrent une lettre dans laquelle ils m'informaient confidentiellement d'une démarche du commandant Marius Bellieu : celui-ci leur aurait demandé en privé d'essayer de me convaincre de venir servir auprès de lui à Bamako, mais à condition de ne pas révéler sa démarche car il tenait à me laisser libre de ma décision. Après concertation, ils avaient estimé préférable de me prévenir, afin que je sache combien le comte serait heureux de m'avoir dans ses services.

— C'est le plus grand plaisir, disaient-ils, que je pourrais lui faire.

 Je montrai la lettre à Tierno Bokar.

— Je flaire une intrigue, me dit-il. Il m'a en effet été rapporté que le fils unique de l'un des deux signataires, un fonctionnaire comme toi, a demandé à son père d'entreprendre des démarches en vue de le faire affecter à Bandiagara. Il souhaite y revenir afin de pouvoir restaurer leur maison familiale tombée en ruine faute de soins. Cette lettre n'est donc pas sincère. Dans la crainte que tu ne choisisses Bandiagara, on t'entortille pour te faire choisir Bamako. Etant donné l'état de délabrement de sa concession, je comprends que ton collègue de Bamako veuille favoriser l'installation de son fils à Bandiagara, mais il aurait pu te le demander amicalement sans recourir à une machination cousue de fil blanc.

 Dans l'état actuel des choses, si tu maintiens ta demande pour Bandiagara tu vas te créer à Bamako des ennemis qui risquent de te nuire auprès de tes supérieurs, et le conflit n'aura pas de fin, là-bas comme ici. Tu ne seras même pas sûr de pouvoir être maintenu à ton poste dans l'avenir. Laisse donc le fils de ton collègue venir à Bandiagara, et toi, va à Bamako auprès d'un chef qui t'apprécie, et à un poste où tu pourras te rendre utile.

 Je m'inclinai. Le jour même je télégraphiai au commandant Bellieu pour lui dire que je serais heureux de servir à nouveau sous ses ordres. Quelque temps plus tard ma décision d'affectation me parvint, et le fils du collègue fut affecté à Bandiagara. Tout le monde était content, mais je savais à quoi m'en tenir.


Je profitai du temps qui me restait pour poser à mon maître des questions qui me tenaient à cœur.

— Tierno, est-ce que je peux discuter de questions religieuses avec des gens qui ne sont pas musulmans ?

— Oui, me répondit-il, si tu peux les respecter. Il faut toujours respecter les croyances des autres. Imagine que le père de quelqu'un soit un cochon alors que ton père à toi est un ange. Si tu insultes son père cochon, sa réplique immédiate sera d'insulter ton père ange, parce que pour lui c'est son père cochon qui est le meilleur. Si tu insultes son père, il insultera le tien. Si tu commences par repousser quelqu'un, il te repoussera, c'est une réaction naturelle. Cela se voit dans les mains de l'homme : si tu mimes l'action de frapper, l'autre, automatiquement, lèvera sa main contre toi.

 Il ne nous incitait pas seulement à la tolérance, mais à une écoute réelle, attentive de l'autre :

— Si tu n'es pas compris, au lieu de t'exciter et de trouver que ton interlocuteur est un imbécile, ou qu'il a la compréhension dure, il faut, toi, l'écouter et essayer de le comprendre. Quand tu le comprendras, tu sauras pourquoi il ne t'a pas compris ; tu pourras alors ajuster tes propos de manière à être compris de lui. Peut-être as-tu parlé d'une manière trop élevée, ou incompréhensible pour son entendement ou sa vision des choses ? C'est pourquoi il faut savoir écouter. Il faut cesser d'être ce que tu es et oublier ce que tu sais (24). Si tu restes tout plein de toi-même et imbu de ton savoir, ton prochain ne trouvera aucune ouverture pour entrer en toi. Il restera lui, et tu resteras toi.

 Pour lui, l'ensemble des conflits humains reposait sur quatre causes essentielles : la sexualité, l'appât du gain, le souci de préséance (Ôte-toi de là que je m'y mette !) et la mutuelle incompréhension, compagne de l'intolérance. Il voyait dans l'incompréhension et l'intolérance le père et la mère de toutes les divergences humaines : “On se parle, mais on ne se comprend pas, parce que chacun n'écoute que lui-même et croit détenir le monopole de la vérité. Or quand tout le monde revendique la vérité, à la fin personne ne l'aura.”

C'est alors qu'il nous développa son schéma des “trois vérités” et des croissants de lune.


— Il y a trois vérités, nous expliqua-t-il : ma vérité, ta vérité, et la Vérité. La Vérité n'appartient à personne : elle est au centre, et n'appartient qu'à Dieu. Elle représente la lumière totale, et c'est pourquoi elle est symbolisée par la pleine lune. Avez-vous remarqué que, pendant les trois jours de pleine lune (les treizième, quatorzième et quinzième jours de chaque mois lunaire), il n'y a pas d'obscurité sur la terre ? Le soleil ne se couche pas avant de voir apparaître le disque lunaire à l'opposé du ciel, et la lune ne disparaît pas avant d'avoir vu le soleil se lever. C'est un spectacle de toute beauté !

 Ma vérité, comme ta vérité, ne sont que des fractions de la Vérité. Ce sont des croissants de lune situés de part et d'autre du cercle parfait de la pleine lune. La plupart du temps, quand nous discutons et que nous n'écoutons que nous-mêmes, nos croissants de lune se tournent le dos ; et plus nous discutons, plus ils s'éloignent de la pleine lune, autrement dit de la Vérité. Il nous faut d'abord nous retourner l'un vers l'autre, prendre conscience que l'autre existe, et commencer à l'écouter. Alors nos deux croissants de lune vont se faire face, se rapprocher peu à peu et peutêtre, finalement, se rencontrer dans le grand cercle de la Vérité. C'est là, et là seulement, que peut s'opérer la conjonction.

 Tout en parlant, il dessinait sur le sol le cercle de la pleine lune et, des deux côtés, les deux croissants d'abord opposés, puis se faisant face, puis se rapprochant jusqu'à se confondre avec le cercle central. Tierno utilisait toujours ce genre d'images pour se faire comprendre. C'était l'une de ses innovations par rapport à l'enseignement maraboutique habituel. Il appelait les croissants opposés “les vérités divergentes”, et nous invitait à aller vers “la vérité convergente”. “Si vous êtes avec quelqu'un, ne cherchez pas ce qui vous différencie ; cherchez ce que vous avez de commun et bâtissez sur cela.”

Pour Tierno Bokar, il n'existait qu'une seule religion, une en son essence, éternelle, immuable dans ses principes fondamentaux, mais qui, au cours des temps, pouvait varier dans ses formes d'expression pour répondre aux conditions de l'époque et du lieu où était descendue chaque grande “révélation”. “Il n'y a qu'un seul Dieu, disait-il. De même, il ne peut y avoir qu'une voie pour mener à Lui, une religion dont les diverses manifestations dans le temps sont comparables aux branches déployées d'un arbre unique. Cette religion ne peut s'appeler que Vérité. Ses dogmes ne peuvent être que trois : Amour, Charité, Fraternité.”



24. Le poème de Maabal Sorsoreewel ainsi que de nombreux autres, mystiques ou non, des maîtres du “grand parler” petit figurent dans les archives de A. H. Bâ, le plus souvent avec transcription du texte fulfulde, traduction juxtalinéaire et premier essai de traduction plus élaborée.



samedi 5 août 2017

Philippe Voarino - Aikido moderne



Maître Morihei Ueshiba et Morihiro Saito


Cette article a été publié dans la revue Poseidon Judo N°6 de décembre 1993.


http://www.aikidotakemusu.org/fr


L’Aikido est un très bel art, mais Il ne met en scène que des partenaires, à la différence du Judo où l’on affronte un adversaire.


Tel fut le commentaire de la démonstration d’Aikido du gala télévisé d’arts martiaux de Bercy à Paris en 1993.

Je songe à l’existence tumultueuse du fondateur de l’Aikido, Maître Morihei Ueshiba. En Mandchourie tout d’abord, dans les premières années du siècle, ou sa virtuosité à la baïonnette lui sauva la vie à plusieurs reprises face aux troupes chinoises, et le distingua entre tous les soldats de son régiment. Dans les territoires glacés d’Hokkaido, quelques années plus tard, quand il fonda le village de Shirataki, à la tête d’une centaine de pionniers, en disputant aux brigands et aux loups les terres que le gouvernement japonais essayait désespérément de peupler. En Mongolie ensuite, dans la tentative de fondation d’un royaume de la Paix sur Terre, expédition ou ses talents de garde du corps sauvèrent la vie au révérend Onisaburo Deguchi, chef spirituel de la religion Omoto-kyo, qu’il accompagnait dans cette aventure utopique mais non sans danger.

Je songe enfin aux années d’enseignement dans le Tokyo d’avant guerre, au sein des académies militaires et de police. Années difficiles d’implantation de l’Aikido au Japon, qui valurent à maître Ueshiba plusieurs défis d’experts en arts martiaux désireux d’éprouver sa valeur, et qu’il sut vaincre et convaincre si bien qu’ils devinrent ensuite ses élèves.

Je songe à cette vie tout entière passée sous le signe du combat, et nulle part je ne vois la moindre trace de complaisance. C’est la vie d’un guerrier qui trouva sur son chemin d’autres guerriers. L’art qui vint couronner 86 ans de pratique et d’étude de la discipline martiale dans les conditions qui viennent d’être évoquées, cet art là ne pouvait être une chorégraphie.

L’Aikido d’O Sensei Morihei Ueshiba n’est pas un ballet exécuté par deux ou plusieurs partenaires, à l’issue d’une convention, et dans un esprit de divertissement. Pourtant, sans apprécier peut-être toute la signification de son propos, le commentateur de Bercy ne s’est pas trompé. L’Aikido qu’il avait sous les yeux est bien fondé sur la collaboration étudiée de deux partenaires. Ce qu’il ignore sans doute, c’est qu’O Sensei aurait du mal à reconnaître là son art. L’Aikido moderne n’est pas l’Aikido de Maître Ueshiba, il en est l’apparence. Le démontrer exige le rappel de quelques points méconnus de l’Histoire.

Le Centre Mondial Aikikai so hombu

Maître Ueshiba a enseigné son art à Tokyo entre 1927 et 1941. En 1941, il quitte définitivement la capitale japonaise ou il ne retournera plus que pour de brefs séjours. Il s’installe à cette date, avec sa famille, à Iwama, minuscule village de la Préfecture d’Ibaraki, qu’il ne quittera qu’à sa mort en avril 1969. Voilà la réalité historique. Pendant les vingt-neuf dernières années de sa vie, le fondateur de l’Aikido précise, développe, approfondit et enseigne son art à quelques paysans, bien loin du "Centre Mondial Aikikai so hombu" de Tokyo, qu’il ne visitera plus que rarement, et qu’il laissera sous la direction technique de quelques élèves d’avant guerre, comme messieurs Shirata et Osawa, et sous la responsabilité administrative de son fils Kisshomaru.

La compréhension de ce fait historique est capitale car elle permet de concevoir la vérité suivante, a priori insoupçonnable : tous les Maîtres d’Aikido actuels qui, uchi deshi ou pas apprirent l’Aikido à l’Aikikai de Tokyo après la seconde guerre mondiale, ne furent pas les disciples d’O Sensei Morihei Ueshiba. Ils suivirent bien sûr quelques cours du Maître, mais cet enseignement fut occasionnel, et ne suffit pas à établir le lien très particulier de disciple à maître, qui se construit avec le temps et la vie commune. Tous furent des élèves épisodiques d’O Sensei, aucun ne fut un disciple véritable partageant la vie quotidienne du Maître pendant des années. A cela au fond la raison est fort simple : ils ne vivaient pas au même endroit que lui.

La naissance de l’Aikido

On parvient ainsi à cette constatation étonnante : au moment ou l’Aikido reçoit la reconnaissance officielle du gouvernement japonais, à l’époque ou les différents pays du monde accueillent avec enthousiasme cette discipline merveilleuse et où les experts de l’Aikikai songent déjà à une carrière internationale, dans le même temps, le découvreur de l’Aikido, l’homme qui rendit tout cela possible et réel, O Sensei Morihei Ueshiba, vit isolé, presque sans élève, dans la campagne japonaise, pendant près de trente ans. Trente ans ... mesure-t-on ce que cela signifie ? Trente ans entre 58 et 86 ans, l’âge où un homme parvient à la maturité de l’esprit, où les expériences d’une vie donnent enfin tous leurs fruits... Il eut fallu peu de chose pour que les trésors mis au jour par cet homme d’exception pendant toutes ces années ne fussent irrémédiablement perdus, oubliés faute d’un disciple véritable, capable de les retenir et de les transmettre.

Maître Morihiro Saito

Parce qu’il devait en être ainsi, ce rôle fut tenu par Morihiro Saito, jeune paysan d’Iwama qui intégra le Shu Ren dojo en 1946 comme on entre en religion, qui vécut et travailla tous les jours, à partir de cette date et pendant plus de vingt ans, avec Maître Ueshiba. Lui seul fut présent au quotidien pendant cette période capitale d’après-guerre où le Fondateur accéda progressivement à la plénitude de son art, développant des pans entier de l’Aikido (le travail des armes selon le principe aiki par exemple) qui n’étaient qu’embryonnaires avant la guerre. Au sens rigoureux du terme, Morihiro Saito fut le seul et unique disciple du fondateur de l’Aikido.






L’après guerre

Au début des années cinquante, l’Aikikai reprend ses activités interrompues depuis 1941 par la guerre, puis par l’interdiction, sous l’occupation américaine, d’enseigner les arts martiaux. Cette époque est un tournant dans l’histoire de l’Aikido. Elle marque la naissance de l’Aikido « moderne ». Les experts, pour avoir trop peu travaillé avec le Fondateur, n’avaient pas accédé à l’intégralité et au détail des connaissances techniques de base. Ne maîtrisant pas toutes les raisons logiques qui fondent les techniques d’O Sensei, ils furent contraints souvent de les imaginer, et parfois d’aller chercher des arguments dans les écoles sans rapport avec l’Aikido. Or la recherche en ce domaine ne souffre pas la médiocrité. O Sensei appartenait à un autre âge dont il fut l’héritier génial. Mais bien que son talent martial ait été tout à fait exceptionnel, il eut besoin d’une longue vie jalonnée de rencontres et d’expériences très singulières pour acquérir sa compréhension subtile du combat, et structurer son art en fonction d’elle.

Par quel miracle un quelconque pratiquant moderne d’Aikido, incomparablement plus limité que le Fondateur, pourrait-il – à l’égal d’O Sensei – retrouver de son propre chef, et avec justesse, les éléments techniques qu’il n’a jamais appris ? C’est pourtant ce que tentèrent avec plus ou moins d’innocence les élèves de l’Aikikai, puis leurs élèves, et les élèves de leurs élèves, perdant progressivement de vue les réalités qui guidèrent toujours Maître Ueshiba. C’est de ce processus qu’est sorti l’Aikido moderne et sa notion de partenariat. L’absence de relation directe et soutenue avec le Fondateur, les incertitudes techniques qui naquirent de cette situation, et le manque de compétence avec lequel on y répondit, vidèrent lentement l’Aikido de sa réalité martiale, et par suite de son sens. Car l’unité que propose l’art d’O Sensei réside dans l’union des contraires, et bien évidemment pour qu’il y ait une union des contraires, Il faut qu’il y ait contraires. La résistance est indispensable à l’art de la non-résistance. Sans pair il n’y a pas d’impaire et l’ombre n’existe que par la lumière. Sans opposition, la non-opposition est un non-sens.

      Tai no henka        Alignez votre pieds sur celui d’Uke



Dualité, unité, Amour

En Aikido, l’autre doit incarner l’opposition, la résistance que j’anéantis en m’y unissant selon certaines lois. C’est précisément cela l’amour dont parlait maître Ueshiba, l’amour qui désigne la conciliation – d’un point de vue supérieur – des contradictions d’un monde qui – d’un point de vue inférieur – donne l’apparence d’une lutte permanente.

Cet amour passe nécessairement par la phase de combat, parce que le combat est une réalité au niveau du monde sensible, et que l’on ne peut jamais construire que sur ce qui existe. L’Aikido mène à la découverte concrète que les forces engendrées par tout combat ne sont pas contraires, mais complémentaires, et peuvent être ramenées à l’Unité. L’Aikido permet de comprendre, de manière opérative, que l’unité naît de la dualité, qu’elle n’est pas l’absence de dualité, mais la résolution de la dualité.






L’Aikido moderne oublie simplement que l’univers entier est une harmonie de tensions, et au lieu de s’appuyer sur le sol ferme de la dualité pour la dépasser ou la transcender dans l’unité, il croit pouvoir négliger cette dualité, la supprimer a priori. Or transformer l’adversaire en partenaire n’est pas une simple "évolution" comme on l’affirme souvent sans réfléchir. C’est en réalité la négation de la grande loi qui équilibre le cosmos et qu’O Sensei eut constamment à l’esprit. C’est la destruction de la source même de l’Aikido : la notion d’opposition.

L’Aikido nouveau

Que dirait-on d’un savant qui voudrait faire "évoluer" les mathématiques en supprimant par exemple la notion d’opération ? Toutes choses égales par ailleurs, c’est ce qu’accomplit tranquillement l’Aikido moderne. Un figurant mime une attaque sans réalité, accompagne docilement le déplacement de son partenaire dans l’espace (quand il ne le précède pas) et chute par convention. L’attaquant est maitrisé parce qu’il y a consenti au préalable ...

Et personne ne s’étonne. Voici l’Aikido nouveau, transformé au gout du vingtième siècle finissant, forme exotique et élégante d’expression corporelle, les Aikidokas ne comprennent décidément plus rien au symbole du sabre qu’ils portent. Ils confondent la liberté que propose l’Aikido au terme d’un long chemin de contrainte et d’efforts, avec la liberté d’accomplir d’emblée n’importe quelle fantaisie gratifiante et illusoire.

Ainsi les forces qui veulent suivre leur intérêt particulier prennent-elles la forme de celles qui auparavant ont donné les vraies impulsions. Mais la flamme qui brilla à l’origine de l’Aikido n’est pas de nature à s’éteindre si vite. Car elle n’émane pas simplement de la volonté d’un homme, aussi exceptionnel soit-il. Cette volonté qui se manifesta lors de la création de l’Aikido, agit aujourd’hui pour préserver son intégrité. Elle agit bien sûr à travers Maître Saito qui l’incarne momentanément. Parce qu’il fut l’homme du tournant de l’Histoire, l’homme placé par la providence pour recueillir les techniques de Maître Ueshiba. Et tout aussi important, l’homme capable de rassembler en une méthode l’enseignement multiforme et antisystématique d’O Sensei. Car l’Aikido sans guide demeure hermétique. C’est un labyrinthe sans fil d’Ariane Et l’Aikido moderne s’y est perdu. Mais encore une fois, Maître Saito n’est lui-même qu’un acteur, un instrument aux mains ce cette volonté qui le dépasse infiniment. Cette volonté qui a donné naissance aux techniques des Arts Martiaux à travers les âges, cette volonté qui a inspiré Morihei Ueshiba, cette volonté qui veille aujourd’hui sur l’Aikido traditionnel dans la périlleuse traversée de la Modernité, cette volonté dépasse notre humanité.

Takemusu est une manifestation de cette volonté. C’est pourquoi Takemusu n’appartient à personne, et n’est l’expression d’aucun courant partisan. Pour cela, Il est juste et digne de servir ses desseins. Ceux-ci ne passent ni par Bercy ni par aucune forme de complaisance.


Philippe Voarino, Vincennes, le 21 septembre 1993




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